Revue de presse

 

Revue Chant'essonne
n° 110 - avril 2003
site de l'Association: chantessonne.free.fr


Une biographie de celui que tous saluent "comme un des plus foudroyants auteurs" de notre chanson contemporaine et que l'on associe à des artistes tels que Francesca Solleville, Gérard Pierron, Romain Didier et Enzo Enzo. Ce livre est une mine pour les passionnés de l'artiste. Tout est là, son enfance à "Mont Saint Aignan près de Rouen", ses années parisiennes, les galères, les premiers succès d'estime, les premiers écrits, la reconnaissance enfin, les cabarets et les grandes scènes et puis les engaements, les passions et tous ces amis croisés de salles de spectacles en comptoirs de bistrots, Thomas Sandoz s'est fait plus que biographe: en voyageur, en explorateur, il a retracé cet itinéraire, en l'illustrant habilement de nombreux extraits de textes de l'auteur. Une façon d'expliquer l'inexplicable, le mystère d'une cération, le génie d'un artiste.

Francis Panigada



Journal du Jura
25 avril 2003
Article de/ propos recueillis par
Catherine Favre


Dans une superbe biographie qui vient tout juste de sortir de presse, «Allain Leprest... je viens vous voir», l'écrivain chaux-de-fonnier Thomas Sandoz retrace le parcours singulier de cet auteur majeur de la chanson française, un orfèvre du verbe ciselé, taillé dans le vif des blessures indélébiles.

Claude Nougaro le désigne comme «un des plus foudroyants auteurs de chansons dans le ciel de la langue française». Pour l'académicien Jean d'Ormesson, il est «le Rimbaud du 20e siècle». Phare de la jeune génération qui reconnaît en lui le porte-drapeau flamboyant d'un certain réalisme poétique, Allain Leprest a su imposer un style, comme l'imprimatur d'un diamant brut à la chanson française. Il n'y a pas de grands interprètes de l'Hexagone qui n'aient chanté ce proche de Jean Ferrat: Juliette Greco, Isabelle Aubret, Francesca Solleville, Romain Didier, Enzo Enzo... Les titres de sa discographie - «Good Bye Gagarine», «SDF», «J'étais un gamin laid», «J'ai peur», «La retraite» - sont un manifeste protestataire de beauté étincelante. Pourtant, malgré les honneurs et les louanges et toute la reconnaissance de ses pairs, Allain Leprest reste condamné à quelque succès d'estime. Né dans une cité dortoir de Rouen, desperado des banlieues rouges où il traîne depuis 20 ans son étoile vacillante des zincs de comptoir aux limbes des poètes maudits, il n'arrive pas à toucher le grand public. Il faut le voir «Nu»* sur scène, sans artifice, dans la vérité poignante du funambule, qui tangue entre le rire et le coup de poing à l'estomac. Sa voix cassée, habitée, se fracasse contre les mots qu'il tord, malaxe, pour en extraire la quintessence cinglante de la chair et du sang.

En septembre prochain, les Biennois, qui ont déjà eu l'occasion de goûter à Allain Leprest lors de ses passages précédents, notamment au Théâtre de Poche, auront le privilège de retrouver cet acrobate du verbe qui travaille sans filet, comme s'il risquait sa vie à chaque instant, prêt à basculer dans les abysses vertigineuses de ses démons intérieurs. D'ici là, il faut lire la biographie d'Allain Leprest pour essayer de connaître et reconnaître cet homme d'exception «brûlé par les infortunes de la vie».

*Titre d'un de ses albums.

* * *


Essayiste, dramaturge, philosophe à ses heures, Thomas Sandoz a déjà publié, à moins de 36 ans, une somme impressionnante d'ouvrages, dont le très remarqué «Derrick - l'ordre des choses», une étude saluée par la critique internationale. Aujourd'hui, c'est «en amateur des mots» qu'il rend hommage à Allain Leprest dans une biographie qui vient de paraître chez l'éditeur français Christian Pirot. Entretien express.

Quel rapport entre l'Inspecteur Derrick, l'épistémologie et Allain Leprest?

Absolument aucun... si ce n'est le désir de comprendre, d'aller au-delà des évidences, des certitudes. A travers la célèbre série policière allemande, j'analysais sous un angle plutôt sociologique un phénomène de masse. Avec Leprest, j'ai rassemblé de multiples témoignages, je suis allé avec lui sur les lieux de son enfance, nous avons fait la tournée des bistrots, parlé de ses passions citoyennes, de ses rages et de ses blessures... J'ai cherché à comprendre pourquoi cet homme exceptionnel, ce génie qui fait autorité et référence dans le milieu de la chanson francophone, demeure pourtant méconnu du grand public...

... et alors...?

Symbole du poète maudit, ses chansons ne sont pas calibrées pour les ondes radiophoniques, il s'obstine à rester un chanteur «à l'ancienne», libre dans ses choix artistiques, refusant l'artifice des synthétiseurs... Et puis, il y a aussi ce que l'on peut nommer pudiquement «les infortunes de la vie», une carrière mal exploitée... J'ai simplement eu envie que mon amour des mots servent à défendre l'oeuvre d'un des plus grands auteurs de la langue française...

Quel panégyrique!

Oui, mais l'hommage n'exclut pas tout regard critique.

???

Je ne me gêne pas d'écrire que Leprest se contente aussi parfois de «faire du Leprest», ce qui est inévitable. Mais ce qui me fascine, c'est qu'un "mauvais Leprest" reste bourré de trouvailles verbales, doté d'une réelle signature. D'ailleurs, le style d'Allain est très souvent copié, mais rarement égalé. C'est pour moi une preuve que cet homme ravagé, brûlé, reste un être d'exception dans tout ce qu'il fait, dans sa façon de marcher, de parler, de chanter, d'écrire... Ce n'est pas un hasard si tous les jeunes interprètes mettent un Leprest à leur répertoire, c'est une référence obligée.

[...]

Catherine Favre




Oups... pas eu encore le temps d'ajouter d'autres échos...

 

 

 

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